© 1999-2018 cedrick eymenier

Dans les premières séries de photographies de Cédrick Eymenier, les éléments naturels servent souvent de cadre à des rapprochements formels entre des objets urbains banals : lampadaires, bus, voitures, grillages… L’ordonnancement géométrique, les jeux de reflets qui s’instaurent, les effets de volume artificiellement induits par le jeu de cadrage semblent être les objets principaux de ces images.

L’association d’idée et de motifs est une donnée ordinaire dans la pratique de Cédrick Eymenier ; dans ses collages issus de magazines collectés ici et là, cette pratique se fait évidente. Les rapprochements formels confinent parfois à l’anecdote, de l’ordre de celles qui animent les promenades urbaines.

Les vidéos rassemblées sous le titre générique Platform condensent l’ensemble des caractéristiques de ce travail. Ces vidéos, qui ont pour objet une promenade urbaine également, mais cette fois en images animées, sont souvent tournées dans des « non-lieux » : bretelles d’autoroutes, parkings en silos, lieux de la circulation urbaine, à l’inverse du lieu de résidence, toujours animés par les mêmes codes visuels et les mêmes tics architecturaux quel que soit l’endroit. Aérodynamisme, courbes, tout ici régit une fluidité des personnes et de leurs véhicules, entre des blocs d’habitation ou des tours de bureaux. Il n’y a ici aucun souci de documenter quelles seraient les particularités des différentes villes de la série Platform, mais plutôt d’en tisser les motifs communs. Lors de sa résidence, Cédrick Eymenier réalise Frankfurt, numéro 8 d’une série qui comprend Roissy, Londres, et auxquelles viendront s’ajouter Chicago ou Rotterdam.

La question du collage prend ici un tour plus complexe : les images documentent une sorte de glisse urbaine, que l’on sent un peu fascinée par les lieux traversés. Un parcours dans les lieux emblématiques du parcours, un déplacement dans les lieux du déplacement, une image en mouvement sur le mouvement même. Les rapprochements formels, rendus possibles à l’infini par ce type d’environnements, permettent des transitions lisses entres les différents plans. Musicien lui-même, c’est tout naturellement que Cédrick Eymenier collabore avec des musiciens (parmi lesquels Stephan Mathieu, Christian Fennesz ou Sébastien Roux) pour la bande son de ses vidéos. Loin de se cantonner à n’être qu’une sorte d’ambiance sonore, cette musique est un élément essentiel qui vient casser régulièrement la succession des images, introduisant des ruptures, comme une présence discrète qui accompagnerait pour se révéler de temps en temps en discorde, mais sans violence. Eymenier tente ainsi d’introduire une limite fragile, comme un garde-fou immatériel à la dérive visuelle et la possible hypnose qui s’ensuivrait. Faut-il y déceler un « rappel à l’état de conscience », ou le rappel d’un état permanent de distance de la vidéo par rapport à son objet.

Corinne Charpentier
(in catalogue LINDRE 03, édité par le Centre d'Art Contemporain La Synagogue de Delme)