© Cédrick Eymenier 1999-2025
Damsels Without Stress
A film by Cédrick Eymenier
Original music by David Coulter, Julia Kent, Simon Fisher Turner
(music available on Coriolis Sounds, cs32)
HD video, 60min, color, 2026
Audio mastering BY Giuseppe Ielasi
Color grading BY Graziella Zanoni
Titles & poster design BY Nat Filippini
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Damselflies, or Calopterygidae — from the Greek kalos (beautiful) and ptery (winged) — are flying insects from the order, Odonata, meaning tooth-jawed. They are an aggressive predatory species that include the larger dragonflies, which have stouter bodies than damselflies, suggesting the tougher “dragons” are a male archetype versus the more delicate female demoiselles, which is the French word for damselflies.* These water-striding insects have been described by many cultures as elegant as swans and as delicate as butterflies.
A damselfly’s large eyes are set apart (unlike a dragonfly’s compound eyes that meet in the middle), and they fold their wings together at rest (again, unlike a dragonfly). Adult damselflies have a wingspan of 50 to 80mm, and like dragonflies need to be near water to complete their lifecycle, which can last up to a year.
Most of a damselfly’s life is spent as larva. They emerge as (juvenile) nymphs shortly before molting into adults, which happens between May and August. They live up to two weeks while mating.
The brighter colored males establish a mating territory to seek females. They will clasp a female’s head who opens her abdomen to receive the male’s sperm. If another aggressive male intruder intercedes, the intruder will replace the former’s sperm with its own and will guard the area where the female deposits her eggs.
The “electric” or cerulean blue damselflies in Damsels Without Stress are common in Europe. The film was shot along the Ruisseau du Lingas (the Lingas Stream) in the Forêt du Lingas, near Mont Aigoual, in the Cévennes National Park, which is part of the Massif Central. From the mountain’s southern slopes the Le Garonne River flows eastward into the Atlantic, of which the Lingas is one of many tributaries. The presence of these primordial insects in such a crystal clear stream is an indication of the health of the region’s aquatic ecosystem.
This is their story but also ours, which began about 11,700 years ago at the end of the last Ice Age when the Holocene began and nomads turned to farming and herding, and settlers began to treat nature as a subset of human ambition, for which the Holocene has since shifted to become the Anthropocene.
Damsels Without Stress was accompanied by musician/composer David Coulter’s shifting modal harmonies. Coulter was joined by cellist Julia Kent’s slow, weaving melodies and actor/musician/composer Simon Fisher Turner’s synthetic incantations. Together they conjure a hypersonic primordial soundscape of insects in flight but with the atmospheric elasticity of Pythagoras “music of the spheres.”
—Jeff Rian
Paris, May 1, 2025
*Damsel plus fly, derive from Vulgar Latin domnicella, a young lady or maiden, thus the French name demoiselle for damselflies. The French word for dragonfly, libellule, comes from the Latin libella, meaning booklet, which resembles a dragonfly’s spread wings when it lands.
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Des survivantes
Je découvre les Cévennes à l’âge de 20 ans en pensant arpenter une véritable forêt primaire. Mais les arbres de la forêt du massif de l’Aigoual, parc national des Cévennes depuis 1970, ont été plantés par Georges Fabre, naturaliste nîmois, vers 1900. Cette prise de conscience a changé mon rapport à ce que l’on nomme « la nature ». À cette époque, dans les années 1990, je photographie et filme plutôt le milieu urbain, et m’intéresse notamment à comment le végétal est précisément délimité dans l’espace public. Cette forêt, tout à coup, rejoignait le statut de nature plantée, tel un rond-point végétalisé à l’entrée des villes.
Le ruisseau du Lingas, je l’ai tout de suite aimé. Y aller est devenu une sorte de rituel, au fil des années, en toutes saisons. En 2002, je déménage à Paris, voyage de Tokyo à Chicago, et réalise une série de films tournés dans les rues de ces mégapoles. En 2009, retour dans le sud de la France, les Cévennes deviennent le lieu exclusif des vacances d’été. C’est à ce moment que je commence une collection d’ailes de libellules bleues.
J’ai exposé ces ailes à la galerie Aperto, à Montpellier, en 2018, accompagnées d’un premier film sur une libellule tigrée. Le carton d’invitation présentait le collage d’une libellule verte écrasée sur un trottoir, photographiée dans les rues de Nîmes le 4 mai 2018, et d’un haïku de Taneda Santôka « Sur une pierre la libellule rêve en plein jour » photographié le lendemain, telle une étrange coïncidence.
Est-ce les ailes de libellules trouvées dans la rivière ou leurs envolées qui m’ont d’abord attiré ? J’ai remonté beaucoup de rivières et de ruisseaux, lentement. Lorsqu’on trouve une aile de libellule, on a de fortes chances de trouver les trois autres pas loin. Je photographie et filme mes explorations. Pour le projet de film Damsel’s Without Stress, j’ai choisi un lieu de tournage parmi les rivières des Cévennes que je connais, le ruisseau du Lingas étant mon favori. Merveilleux, on peut facilement l’enjamber, il y a de part et d’autre, la tourbière, beaucoup d’arbres, buissons, plantes, vivants ou morts le bordent. On y trouve des recoins sombres remplis de racines, et quand on s’approche, ce petit espace devient immense, ça grouille de vie, à une échelle qui reste observable à l’œil nu. J’utilise un objectif zoom Angénieux 35/70 mm, j’aime la façon dont il restitue la lumière, qui me rappelle la pellicule Fuji que j’utilisais pour photographier. Je repère un endroit qui plaît aux libellules. Une se pose sur une tige ou un caillou, ça me convient, j’installe le trépied, cadre, attends. Je cherche à enregistrer le moment où l’insecte entre et sort du champ. C’est important pour le montage. Observer longtemps, attendre, peut facilement nous plonger dans un état de picnolepsie. Comment bascule-t-on de l’attention à l’inattention ? Qu’est-ce qui nous plonge dans cet état ? Qu’est-ce qui nous en tire ?
Le ruisseau du Lingas est à 1 000 m d’altitude et est assez peu visité. Les libellules ne sont pas farouches, elles se posent facilement sur moi, le visage, les avant-bras, le dos et parfois sur la caméra. Leur couleur rappelle les peintures métalliques des voitures, mais leur agilité n’a pas d’égal dans le monde mécanique. La température de l’eau est douce et le léger courant génère une petite musique délicate, comme dans le patio d’un riad.
J’ai grandi entouré d’aquariums, de poissons fascinants, les Cichlidae du lac Malawi. Les mâles ont la particularité d’avoir des couleurs vives et changeantes. L’incubation buccale des petits par les femelles, mais aussi par les mâles, est une autre caractéristique étonnante. Je vis actuellement à Montpellier, tout près du musée Fabre, que je visite régulièrement. Dans le coin haut gauche d’un tableau d’Otto Marseus van Schrieck, qui date de 1667, une libellule bleu électrique s’apprête à se poser sur une tige de chardons. Ce n’est pas une demoiselle, c’est une libellule bien plus grosse, mais elles ont ce même bleu.
David Coulter m’a envoyé son morceau Longing peu avant l’été 2024. Je connaissais donc la musique lorsque j’ai filmé ces libellules au ruisseau du Lingas, mais je n’étais pas sûr qu’elle pourrait fonctionner avec les images. Très vite, en montant le film, je me suis rendu compte que la profondeur des glissements de tonalité de la musique donnait son rythme au film. La richesse de la palette des timbres et les variations d’intensité dramatique accompagnent l’action minimale du film. La libellule va-t-elle se poser ? À quel moment ? Le temps est suspendu. Elle s’envole.
Ce film aurait pu être tourné à l’identique au Mésozoïque. Les libellules ont survécu à ce qui a exterminé leurs cousins dinosaures. Une fougère ouvre le film, ces plantes qui sont apparues sur Terre il y a plus de 300 millions d’années, à peu près à la même période que les libellules. Le temps qui passe n’a aucune emprise sur ces espèces. Des survivantes en somme.
—Cédrick Eymenier
Merci à Frédérique Bouix, Stéphanie Quillon et Jeff Rian.